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Solstice (Fr)

Note: This is the French version of a story I posted a few months ago, in English, here.

Un récit…

Le manuscrit terminé, je m’affairais à la mise en pages avec tous ses détails techniques et visuels, et toutes ses photos. Et cette photo qui m’achalait ; je pouvais faire mieux. J’en étais persuadé chaque fois que je la regardais. Ce passage du manuscrit, de sa vie, méritait mieux.

En noir et blanc, les rails se perdent vers l’ouest, sous ce pont chétif, vers un horizon fade. Les fenêtres noircies de la gare lui donnent un air abandonné.

En couleur, son toit à lucarnes qui ne finit plus surplombe portes et fenêtres qui ressemblent à de grands yeux, chacun avec sa paupière blanche.

L’idée de me rendre à Portage la Prairie, à moto, pour prendre une meilleure photo, me sembla de mise en cette magnifique journée, la deuxième plus longue de l’année. J’invitai mon ami Grégoire à se joindre à moi.

À l’heure convenue, comme toujours, on décolle. Grégoire me suit. J’ai rarement réussi à le convaincre de mener. C’est le début d’une longue danse. On a suivi ce chemin cent fois ; familier mais toujours étranger. Tout semble nouveau… chaque fois.

Les courbes s’enfilent longeant la rivière Assiniboine qu’on n’aperçoit que rarement. On la devine. On la sent tout près. Les champs nous accueillent. Des milliers de fleurs jaunes se joignent au vert à perte de vue. Le soleil descend vers l’horizon alors que le ciel prend des couleurs orangées, roses, jaunes, mauves, pourpres et grises. Les ombres s’allongent. Quel spectacle !

La route dégage une odeur de goudron frais qui nous colle aux narines longtemps après avoir croisé la fin du pavé neuf.

L’arôme de terre cultivée, celui du foin fraîchement coupé, et l’odeur de la rivière flottent dans l’air. Il y a quelques semaines à peine, on sentait les lilas. Il faudra endurer un autre hiver avant de les sentir à nouveau. Et ici, l’hiver dure une éternité. Je blague. Il ne dure que sept mois.

On gagne Portage la Prairie et la gare du CN en moins d’une heure. Je signale à Grégoire de s’arrêter sur l’accotement tout près du passage à niveau. Je tire mon appareil-photo de son sac et me dirige vers les rails. Je m’arrête, ému. Des larmes brouillent ma vue. Je visite cet endroit pour la première fois mais je le connais.

Gabriel, le personnage principal de mon livre, y était passé jadis, étant petit garçon, autiste, dépaysé, perdu. Âgé de sept ans, il avait suivi ce chemin de fer enneigé en direction de Winnipeg, le seul endroit qu’il avait nommé « foyer », mais où il n’habitait plus. Après une visite à la gare, son groupe était retourné à l’institut en autobus, sans remarquer l’absence de Gabriel. Un étranger l’a retrouvé six heures plus tard, par hasard, à six kilomètres d’ici. Il n’aurait pas survécu la nuit. De toutes les pages de sa vie, cette anecdote m’a le plus marqué…

Deux voies ferrées s’étendent vers l’est et se rejoignent à l’horizon. Où frottent les roues du train, l’acier des rails est bleu, reflétant cet immense ciel des prairies ; tout le reste n’est que rouille. On ne distingue plus les traverses à vingt mètres parmi les pierres enduites d’huile. L’herbe masque cette cicatrice tant bien que mal.

Vers l’ouest, les rails sont argentés, éblouissants de lumière, liquides ; on dirait du mercure.

Une fois mes photos captées, Grégoire et moi rembarquons pour nous rendre à la gare, tout près. C’est là que je lui explique ce qu’on vient y faire. Il comprend tout de suite.

Et voici que les cloches se mettent à sonner au passage à niveau. La barrière descend. On voit approcher les phares du train : deux yeux et un nez brillants. Le Via Rail Canada No 6451 entre en gare.

« Le Transcontinental à destination de Vancouver. All aboaaaaaaard ! »

Le train ne s’arrête pas ici. Ses quatre wagons-dômes me rappellent un voyage entrepris avec mes parents et ma sœur à l’âge de sept ans, moi aussi. Alors que le train accélère, le reflet des rayons du soleil sur ses côtés polis m’éblouit. Le train s’éloigne et disparaît, mais son bourdonnement persiste.

Notre mission terminée, on fait le plein, on prend un café et on reprend le chemin de la maison. Le soleil touche presque l’horizon. Plus tôt que je ne l’avais prévu. Il fera noir avant de joindre Winnipeg. Allons.

On suit la Transcanadienne cette fois-ci. On laisse la route de campagne se perdre plus au nord. À cent dix kilomètres à l’heure, les moustiques et autres bestioles se précipitent vers mon phare avant et viennent s’écraser sur ma visière et mon pare-brise. On file.

Comme le crépuscule laisse sa place à la noirceur, un certain effroi s’empare de moi. J’ai l’impression de m’être trop éloigné sur le lac et bientôt je n’apercevrai plus la berge. On dépasse des automobiles, des camions, des autobus. Le phare de Grégoire, toujours visible dans mon rétroviseur de droite, me rassure. On se croirait dans une course contre la montre, contre le soleil, contre la noirceur, contre la vie.

À quelques kilomètres à l’ouest de Winnipeg, j’ajuste mes lunettes et je remonte ma visière que les moustiques ont barbouillée. Je signale à Grégoire, indiquant mon intention de laisser l’autoroute et d’emprunter le chemin de campagne qui nous mènera au bercail. Un autre spectacle, très bref celui-là, allait commencer. Je ne le verrais pas mais j’en serais l’acteur principal. Grégoire, lui, serait aux premières loges.

Nous avions à peine parcouru un kilomètre sur ce nouveau chemin lorsque, dans une courbe, tout devînt une question d’instinct.

Une force invisible s’empare de mon guidon, le secoue violemment, et me projette au sol. Agrippé aux poignées, je glisse sur la chaussée, étendu sur le dos, et ma moto m’écrase la jambe. Je lâche les poignées et poursuis ma glissade. Pendant ce qui m’a semblé une éternité, j’étais ailleurs. Le temps, figé. Je glisse dans le noir, vers l’infini, sans jamais m’arrêter.

Et soudain, j’ouvre les yeux ; la lueur du crépuscule avait cédé sa place à une noirceur d’encre et des milliers d’étoiles brillaient dans ce ciel de campagne. L’effroi m’avait quitté.

Immobile. Couché sur le dos, tout se calma ; les bottes dans l’eau, le cul dans la boue et la tête dans l’herbe. Je fis l’inventaire : ma tête intacte grâce à mon casque, un coude égratigné et une douleur au genou gauche là où le réservoir à essence m’était tombé dessus. Je regarde vers la chaussée et j’aperçois la moto de Grégoire couchée sur le côté, phare et clignotants allumés, tandis qu’il prend ses jambes à son cou en ma direction. Il avait tout vu !

S’attendant au pire, quelle joie eut Grégoire de me voir assis, en vie.

« Bouge pas ! Bouge pas ! »

Je le rassure. Je me lève. Lui, il redresse sa moto et revient. Quelques passants s’approchent pour s’enquérir de ma condition. « Chanceux ! » qu’ils disent. Deux agents accourent. Je suis déjà sur pieds.

« Tout va bien monsieur l’agent. »

Une biche avait bondi du fossé et je la frappai de plein fouet dans le pare-brise. Elle culbuta au-dessus de moi et s’affaissa au milieu de la chaussée. Morte. Comme je tombais quelques mètres plus loin, ma moto, une fois libérée, se redressa sur ses deux roues, descendit vers le fossé et le traversa pour aller se poser doucement sur la pente opposée. Quant à moi, j’avais continué ma glissade quelque vingt mètres plus loin, vers le fond du fossé.

On a démarré la moto et on l’a sortie du fossé. Une fois stationnée tout près, je constate les dommages tout en retirant la boue et les quenouilles du châssis. Pare-brise craqué, réservoir cabossé, pédale de frein tordue. À mon grand étonnement, ma caméra, qui était rangée dans son sac sur le siège arrière, a résisté à l’impact.

On s’entend pour reprendre notre chemin, prudemment, moi sur ma moto et Grégoire sur la sienne. J’enfonce le démarreur comme je l’avais fait une heure auparavant ; le ronronnement du moteur me soulage. Malgré les éraflures, mon casque semble intact, tout comme mes gants et mes bottes. Je ne peux en dire autant de mon veston en charpie. Avant de monter, je m’approche du chevreuil, que je vois dans toute sa beauté pour la première fois. Ses yeux brillent et son gros nez noir reluit.

« Désolé. C’était toi ou moi. »

Je remarque les poils de chevreuil coincés sur mon pare-brise : une sorte de trophée. Je rentre à la maison.

Il faut croire que la deuxième plus longue journée de l’année ne le fut pas assez…

deer

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Solstice (Eng)

A true story…

After finishing the manuscript, I was busy dealing with the book’s layout and its technical and visual details, and all the pictures. Especially this one photograph, which bugged me; I could do better. I knew it every time I set eyes on it. That passage in the manuscript, in his life, deserved better.

On the black and white version, the tracks disappear in the west, under this rickety bridge, toward a pale horizon. The darkened windows of the train station make it look abandoned. In colour, the endless roofline with its dormers overlooking windows and doors that look like wide eyes, each with its white eyelid.

A motorbike ride to Portage la Prairie, to snap a better picture, seemed most appropriate on this beautiful summer day, the second longest of the year. I called my buddy Greg and asked him to join me.

At the agreed-upon time, as always, we ride. Greg follows me. I have only rarely convinced him to lead. A long dance begins. We have followed this road a hundred times; familiar but always a stranger. Everything seems new… every time.

One curve follows another along the Assiniboine River that we seldom see through the trees. We imagine it. We feel it, nearby. Farmers’ fields greet us. Thousands of yellow flowers mix to the deep greens as far as the eye can see. The sun almost touches the horizon as the sky takes on pastel hues of orange, pink, yellow, mauve, purple and gray. Shadows stretch out. What a show!

An odour of fresh tar rises from the road and sticks to our nostrils long after we reach the end of the new pavement.

The distinct aroma of cultivated soil, of freshly cut hay, and the smell of the river float in the prairie air. We could smell lilacs only a few weeks before. We will have to endure another winter before smelling them again. And winter lasts an eternity here. Just kidding. It only lasts seven months.

We make it to Portage la Prairie and the CN train station in less than an hour. I signal Greg and stop on the shoulder close to the railway crossing. I pull out my camera from its bag and walk toward the tracks. I stop, emotional. Tears fill my eyes. I visit this exact spot for the first time yet I know it well.

Gabriel, the main character of my book, walked on this very spot many years ago, as a little boy, autistic, frightened, lost. At seven years old, he followed the snow-covered railway on the way to Winnipeg, the only place he ever called “home” but where he no longer lived. His group had returned to the institution without noticing Gabriel was not on the bus, after a visit to the train station. A stranger found him six hours later, a pure coincidence, six kilometers from here. He would not have made it through the night. Of all the pages of his life, these left the deepest mark on me…

Two tracks stretch to the east and meet on the horizon. Where the train’s wheels rub, the steel rail is blue, reflecting the endless prairie sky; the rest is nothing but rust. I cannot make out the railroad ties among the oil-soaked stones twenty meters away. Prairie grass masks this scar with difficulty.

To the west, the rails are silvery, dazzling with light, liquid; somewhat like mercury.

Once my photoshoot completed, Greg and I straddle our rides and cover the short distance to the train station. I tell him why we are here. He understands, instantly.

The bells start ringing at the nearby crossing. The barrier descends. We can see the train’s bright headlights: two eyes and a nose. Via Rail Canada No. 6451 rolls in the station.

“The Transcontinental, destination: Vancouver. All aboaaaaaard!”

The train does not stop here. Its four dome cars remind me of a trip I took with my parents and my sister when I, too, was seven years old. As the train speeds up, the sun’s rays reflect on the shiny sides, blinding me. The train moves away and eventually disappears, but its rumbling continues.

Once our mission accomplished, we fill up, stop for a quick coffee, and head for home. The sun almost touches the horizon. Sooner than I had expected. It will be dark before we reach Winnipeg. Let’s go.

We follow the Trans-Canada Highway this time. The windy country road we took earlier loses itself to the north. At one hundred and ten kilometers an hour, mosquitoes and other bugs rush toward my headlight and splatter on my visor and my windshield. We’re flying.

A strange feeling takes hold of me as sunset slowly gives way to darkness. Fear. Foreboding. I feel as if I strayed too far on the lake and soon I will lose sight of the shore. We pass cars, trucks, and buses. Greg’s headlights, still visible in my rear-view mirror, reassure me. This seems like a race against the clock, against the sun, against darkness, against life.

A few kilometers before Winnipeg, I adjust my goggles and raise my mosquito-blotched visor. I activate my turn signal, letting Greg know that I will leave the highway and take the quieter country road that will take us home. The curtain was about to rise on another show, very brief this time. I would not see it, yet I would be its principal protagonist. As for Greg, he would occupy a front-row seat.

We had barely covered a kilometer on this new road when, in a curve, everything became purely a matter of instinct.

An invisible force grips my handlebars, shakes them violently, and throws me to the ground. Still holding the handles, I slide on the pavement, flat on my back, as my motorbike bounces on my leg. I let go the handles and continue my slide. During what seemed like an eternity, I was somewhere else, above all this. Time, still. I slide in the dark, to infinity, without ever stopping.

But I did stop. Suddenly, I open my eyes; the faint light of dusk gave way to an inky darkness and a thousand stars twinkle in this country sky. The strange feeling has vanished.

Motionless. Lying on my back, all seemed surprisingly peaceful: my boots in the water, my ass in the mud and my head in the grass. Time to perform a quick inventory check: my head unhurt—thanks to my helmet—a scratched elbow, and pain in my left knee where the Magna’s gas tank had bounced twice. I look back toward the road and see Greg’s Harley lying on its side, headlight shining and hazards flashing. He is running. He has seen the whole thing!

Fearing the worst, what elation Greg felt when he saw me sitting, alive.

“Don’t move! Don’t move!” he begs.

I reassure him. I stand. He returns to his bike, picks it up off the road, rests it on its kickstand, and returns. A few passers-by stop to inquire about my condition. “Lucky!” they say. Two policemen approach quickly. I am already up.

“Everything is fine, officer.”

A deer had jumped out of the ditch, its head and shoulder contacting my windshield. The deer cart-wheeled above me and landed in the middle of the road. Dead. As I was sliding a few meters away, my bike, once I let it go, got back on its two wheels and continued down through the ditch and up the other side. My slide ended another twenty meters further, in the ditch.

Greg got on my bike, started it, and with a little help made it out of the ditch onto a nearby driveway. I gave it a quick once-over, taking stock of the damage as I pulled the bulrushes and the mud from the frame. Cracked windshield, dented gas tank, twisted brake pedal. Much to my astonishment, my camera, which was stored in its bag on the sissy bar, had made it through the whole thing, unscathed.

After some deliberation, we agree to continue our ride home, carefully, me on my bike and Greg on his. I push the starter’s red button as I had done an hour before; the rumbling of the engine soothes me. Despite the scratches, my helmet seems functional, as do my gloves and boots. No so for my shredded jacket. Before climbing on, I let the motor warm up and make my way to the deer, which I see in all its beauty for the first time. Its eyes sparkle and its big black nose shines.

“Sorry buddy. It was you or me.”

I notice the deer hair sticking from a crack at the bottom of the windshield: a kind of trophy. Let’s go home.

I guess the second longest day of the year was not long enough…

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Training Wheels

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To be the proud owner of a new bicycle—one’s first brand new bike—sparks feelings that had been unknown up to now. Few events  will evoke such an overwhelming sense of freedom for a child. I still recall my first bike was a plain red CCM, equipped with a wire basket, that my mom had purchased with Gold Star stamps (an early incarnation of today’s more sophisticated customer loyalty traps, uh, I mean programs).

My first two-wheeler! Actually, it had four wheels when we were first acquainted. You’ll surely remember the two small wheels added to the rear axle to provide stability to the vehicle, and confidence to its rider… Their sound seemed sharper and louder than any fire truck or ambulance siren and thanks to them, your friends could hear you coming for miles. The bugle announcing the charge of the cavalry: “Look! Here he comes with his baby wheels,” usually followed by much pointing and jeering. The noise created by those two metallic discs rolling on the pavement, each with its own rubber outer belt designed to dampen the sounds, was deafening. They seemed to have been a design engineer’s mean way of inflicting deep shame to new young riders. At the time, I was convinced that the geometry was totally wrong: why would the two training wheels never touch the ground simultaneously? I figured it out soon enough.

Not surprisingly, young riders quickly learned to do without training wheels. A matter of pride and survival. A rider old or capable enough to do away with a tricycle soon learned that one more wheel simply would not do—not for long anyway. I soon learned to use my dad’s crescent wrench to loosen the bolts and remove these rackety accessories, although I had not mastered the tool sufficiently to avoid scraping my knuckles on the spokes as I tightened them back. Never mind, I was free! I could now join the two-wheeled “biker” patrol. Time to make a different kind of noise.

Soon, a much sought-after roar replaced the clatter of the training wheels. We fastened hockey and baseball cards, and even attached inflated balloons, to the bicycle’s forks using clothes pins in such a manner as to contact the spokes when the wheel turned. Children proved their imagination and capacity to innovate, replacing wet, mushy, worn-out cards with colorful waterproof pieces of plastic. What elation to feel like a rebel; what joy to ride in formation up and down our normally quiet street and around the neighborhood, rumbling, from street to street. Neighbors heard us coming. Our rolling thunder sowed panic and fear in the hearts of the kind folks who asked only for a little peace and quiet as they enjoyed their afternoon tea on the balcony. We were ready to conquer the world. Well, seriously, not really. We were just being kids.

Today, I chuckle at the thought of using my hockey and baseball cards to such an end. Surely I never used my Montreal Canadiens or Expos cards for my bicycle’s noise mechanism, but more likely doubles and triples of players from teams I did not care for.

Take those training wheels off and ride!